Témoignage d’une instit confinée

Témoignage d’une instit confinée (1er mai 2020) : Vous parlez d’école ?

Publié le 4 mai 2020

 

Avant la pandémie de Covid19 : J’accueillais mes élèves de 2 à 4 ans (petites et moyenne sections), 4 journées par semaine.
Quand la saison hivernale est arrivée, avec son lot de microbes et virus, je veillais à ce que mes jeunes élèves apprennent à se moucher, évitent de porter leurs mains à la bouche et se lavent très fréquemment les mains.

A l’école maternelle, ils se sociabilisaient en apprenant à jouer ensemble, en se faisant des câlins plutôt que de se taper, en se prêtant jeux et jouets, en patientant pour attendre leur tour, en chantant ensemble, en faisant la ronde...


Peu avant le confinement et avec l’alerte au Covid19 : Tous les adultes de l’école montraient l’exemple en gardant une distance, ne se serrant plus la main, ne se faisant plus la bise et j’incitais encore plus mes élèves à adopter les gestes sanitaires déjà connus.

Durant le confinement : Tous les enseignants de mon école ont mis en place une correspondance régulière avec les familles de leurs élèves, essayant, chacun à sa façon, d’assurer la continuité pédagogique demandée par notre ministre.
De plus, comme de nombreux collègues enseignants, je me suis portée volontaire pour accueillir les enfants de soignants, regroupés sur une seule école de la commune, par petits groupes. Nous avons aidé les élèves accueillis à faire les devoirs transmis par leur enseignant, chacun d’entre nous y consacrant quelques demi-journées.

A ce moment-là, les gestes barrière étaient de mise pour le grand public et les préconisations étaient les mêmes pour l’accueil des enfants de soignants. Une désinfection des locaux était ajoutée, quotidiennement, par les services municipaux. Mais les enfants touchaient les mêmes objets, jouaient dans la cour de récréation, sur la structure, sur les trottinettes, au ballon...au hasard de leurs déplacements, dehors ou à dans les locaux.

A partir 27 du avril 2020, des masques jetables ont été fournis par l’Education Nationale, à raison de 2 par jour et par enseignant, l’Inspectrice de circonscription s’étant déplacée pour les livrer dans les écoles concernées. Quelques masques en tissu, garantis aseptisés par les personnels municipaux, ont été mis à disposition par la Mairie, pour adultes et enfants.

Le jour où j’étais là, 2 enfants (de 7 ou 8 ans)sur les 7 présents, souhaitaient porter un masque. Ils l’ont gardé moins de 30 minutes, le laissant ensuite traîner sur leur table.


En préparation du déconfinement : Une circulaire ministérielle est arrivée fin avril, indiquant toutes les mesures à mettre en place, pour la réouverture des écoles, prévue le 12 mai.

Le 30 avril, lors d’une réunion à distance avec mes collègues de l’école, j’ai réalisé que les mesures exigées seraient intenables avec mes jeunes élèves et que c’était très peu probable aussi avec les élèves de mes collègues de la grande section au CM2.
Le Ministère de l’Education Nationale attend des enseignants qu’ils veillent scrupuleusement :

-au respect de l’interdiction d’entrée des parents
-au respect de l’hygiène corporelle des élèves (mains , nez)
-au respect de la circulation dans les locaux (fléchage, multiplication des issues...)
-au respect de la distanciation (aménagement de classe, récréations, utilisation de matériel...)


Ce même Ministère donnera des consignes pour que les enseignants adaptent le programme scolaire national à leurs élèves :
-ceux qu’ils accueilleront en classe (parce-que leurs parents le souhaitent), par groupe de 15 en élémentaire, par 10 en maternelle, un jour sur deux, si le groupe est trop grand...
-ceux qui suivront l’école à distance, en envoyant les devoirs

Tous ces efforts demandés aux enseignants, qui deviennent garants de la sécurité sanitaire de leurs élèves, pour réduire la fracture scolaire et maintenir la continuité pédagogique.

Est-ce vraiment réalisable ?

Parle-t-on de notre école de la République, école publique, gratuite, laïque et obligatoire ? 

Ajouter un commentaire

 
×